La question posée
Un premier service d'information sur les marchés avait été lancé en 1999 dans la province du Sud-Ouest. Il s'est effondré au bout de dix-huit mois. Il fallait comprendre pourquoi, puis concevoir son successeur : quels marchés suivre, quels produits, avec quels moyens et quelle gouvernance.
Comment nous avons travaillé
Un atelier participatif de quarante-six participants à Buea a permis d'évaluer l'ancien service selon six critères et de recenser les besoins d'information de onze catégories d'acteurs. Puis trois semaines de terrain, du 22 janvier au 9 février 2007, dans quarante-six localités réparties sur les six départements, avec quatre questionnaires distincts — producteurs, commerçants, marchés, médias. Traitement statistique sous SPSS, cartographie sous MapInfo.
L'inventaire a recensé quatre-vingt-dix marchés et seize médias, cinq journaux et onze radios.
Ce que nous avons trouvé
Un revenu de 163 dollars par mois
Le revenu annuel net moyen des producteurs enquêtés s'établit à 977 758 francs CFA, soit environ 163 dollars par mois. L'huile de palme est de loin le produit le plus rémunérateur, avec 1,23 million de francs de revenu net, mais aussi celui dont le transport coûte le plus cher.
Des routes qui coupent les marchés
Seuls 7,9 % des chemins reliant les champs aux marchés sont bitumés. En saison des pluies, 86 % sont en mauvais état et vingt-quatre kilomètres sur cent restent praticables. Cinq marchés ne sont accessibles que par voie maritime.
Des marchés sans électricité, sans balance, sans gardien
Sur les quatre-vingt-dix marchés recensés, aucun ne dispose d'un pont-bascule. Quatre-vingt-neuf pour cent n'ont pas l'électricité, 97 % pas de groupe électrogène, 99 % pas de téléphone fixe, et 92 % ne sont pas gardés — ce qui explique les vols dont se plaignent les commerçants.
Markets throughout the South-West Province do not have weighbridges. Most of the markets have neither electricity (89 %) nor generators (97 %) nor they are guarded (92 %).
Une population mal équipée pour recevoir l'information
Vingt-quatre pour cent des producteurs n'ont pas de radio, 57,5 % pas de téléphone mobile, 98,3 % pas de ligne fixe, 95,4 % pas d'accès à internet. Chez les commerçants — dont 84 % sont des femmes — 71 % ont un mobile, mais aucun n'a de ligne fixe.
Pourquoi le premier service a échoué
La moitié des producteurs en avaient entendu parler, mais 73,5 % ne l'ont jamais utilisé. La raison principale : l'horaire de diffusion, inadapté, cité par 47,66 % d'entre eux. Ensuite, une information incompréhensible pour 20 %. Et un défaut de relais : 77,9 % déclarent que l'agent de vulgarisation ne leur a jamais signalé l'émission, 93,9 % n'ont jamais reçu de dépliant. S'y ajoutaient un coût de diffusion prohibitif — six millions de francs par an pour une radio privée — et un périmètre trop large : quarante-huit produits suivis.
Mais une adhésion réelle
97,7 % des producteurs se disent prêts à payer une redevance si l'information leur est utile, et 99,3 % à participer à la gestion du service. Chez les commerçants, 82 % dans les deux cas.
Ce que nous avons proposé
Le service est logé à la Délégation provinciale de l'Agriculture, et non à l'autorité de développement — pour éviter les conflits d'autorité avec le système national et parce que le personnel y existe déjà. Un comité de pilotage de onze sièges associe les producteurs, les commerçants, les médias, les collectivités et la recherche.
Le périmètre est délibérément resserré : vingt produits et treize marchés, dont Douala, Dschang et un marché nigérian à Ekang. Les prix sont relevés à trois niveaux — bord-champ, gros, détail — avec au maximum six relevés par produit et aucune publication en dessous de trois vendeurs.
It is better for the MIS to cover five commodities well, than to try to cover 50 commodities and do so badly for all.
La transmission se fait par SMS, à moins de 50 francs contre plus de 150 francs la minute d'appel. Le traitement s'appuie sur le logiciel FAO-AgriMarket, retenu à tous les niveaux pour garantir l'harmonisation avec le système national. La diffusion est délibérément multicanale — radio le soir, en cinq minutes et en fourchettes de prix plutôt qu'en moyennes, tableaux d'affichage sur les marchés, dépliants, agents de vulgarisation, églises et chefferies — parce que 20 % des producteurs n'écoutent pas la radio et 58 % ne lisent aucun journal.
Le budget s'établit à 29 millions de francs CFA d'investissement initial et 66,9 millions de fonctionnement annuel. Faute de moyens immédiats, nous avons recommandé de démarrer sur quatre marchés plutôt que d'attendre.
Pour citer cette étude
International Business Initiatives (IBI) & ERE Développement (B. Ndoye et al.), 2007. Market Information System — Final Report of Studies. Rumpi Area Participatory Development Project, Southwest Development Authority (SOWEDA), province du Sud-Ouest, Cameroun. Juin 2007, 99 p. Contrat n° 004/RUMPI/ADF/06.
