La question posée

Le programme prévoit de réhabiliter et de construire six sites halieutiques dans la région de Ziguinchor — quais de pêche, aires de débarquement, voirie, aires de transformation artisanale, et une chaîne du froid complète : fabriques de glace, chambres froides, camions frigorifiques. Coût global : 12,46 milliards de FCFA, sur un horizon de dix ans.

Une évaluation ex ante ne demande pas si le projet est souhaitable — cela, tout le monde en convient. Elle demande si les bénéfices attendus justifient la dépense, aux prix de la collectivité, et si l'ouvrage pourra vivre une fois les bailleurs partis.

Une hypothèse qui change tout

L'avant-projet tablait sur une croissance des volumes traités de 10 % par an. Nous ne l'avons pas retenue. Les travaux du groupe FAO/COPACE établissent que les stocks de petits pélagiques sont surexploités, et le Centre de recherche océanographique de Dakar-Thiaroye a mesuré un recul des débarquements nationaux de 7,6 % entre 2020 et 2021.

Nous avons donc raisonné à capture régionale constante — 74 754 tonnes par an, à effort de pêche inchangé. Toute la croissance modélisée provient de deux leviers, et de deux seulement : le taux de captage, c'est-à-dire la part du poisson qui transite par une infrastructure formelle plutôt que par la plage, qui passe de 24,1 % à 40 % en dix ans ; et le taux de pertes après capture, ramené de 20 % à 5 % en cinq ans.

Résultat : le tonnage effectivement commercialisable passe de 14 413 à 28 407 tonnes, soit près de 14 000 tonnes gagnées par an à la dixième année — sans un poisson de plus sorti de l'eau. L'objectif de +10 % de l'avant-projet a été requalifié en cible de projet et en plafond du scénario haut, non en prévision.

Deux points de vue, jamais confondus

La méthode retenue est celle des prix de référence, conforme au guide d'évaluation de la Direction de la planification : élimination des transferts purs — TVA, droits de douane, subventions — puis intégration des externalités. Taux d'actualisation de 9 %, inflation de 3 %, horizon de dix ans, précision assumée de ±20 %.

Le rapport a été conduit sur deux périmètres complémentaires, déclinés site par site, soit douze dossiers d'évaluation. Le périmètre filière répond à la question de la collectivité : ce programme crée-t-il de la valeur pour le Sénégal ? Le périmètre exploitant répond à celle du gestionnaire : l'ouvrage couvre-t-il ses charges ?

Ce sont deux questions différentes, et il est courant qu'elles reçoivent des réponses différentes.

Ce que nous avons trouvé

Le programme est économiquement justifié

Au niveau de la filière, la valeur actuelle nette économique atteint 226,7 milliards de FCFA, pour un taux de rentabilité économique de 105,6 % et un ratio bénéfices-coûts de 1,68.

Chaque franc investi aux prix de référence engendre environ 1,68 franc de bénéfice socio-économique.

Ce résultat résiste à tous les scénarios défavorables testés. Même en combinant une hausse des charges d'exploitation de 15 %, une baisse des recettes de 20 % et une hausse de l'investissement de 15 %, le taux de rentabilité reste à 19,7 % — plus du double du coût d'opportunité du capital.

La valeur va d'abord aux pêcheurs

Sur dix ans, l'impact net cumulé se répartit très inégalement : 299,9 milliards pour les 1 635 pêcheurs artisanaux, 21,4 milliards pour les mareyeurs, 2,3 milliards pour les 915 femmes transformatrices. Le programme vise la création et la consolidation d'environ 980 emplois directs.

Mais l'ouvrage ne s'autofinance pas

C'est le constat le plus utile de l'évaluation, et le moins confortable. Une correction demandée en cours de mission a considérablement changé la donne : la redevance de débarquement ne peut porter que sur le poisson qui transite effectivement par le quai — 18 016 tonnes la première année, et non les 74 754 tonnes de la région.

Un quai ne peut percevoir de redevance que sur le poisson qui y transite effectivement.

Avec cette correction, l'exploitation ne couvre pas ses charges, dans aucun des scénarios testés. L'analyse de sensibilité désigne clairement le levier : une variation de 20 % de l'investissement déplace le résultat de plusieurs milliards, alors qu'une variation équivalente des tarifs ne le déplace que de quelques centaines de millions. Le problème est de dimensionnement, pas de tarification.

Un déséquilibre entre les sites

Kafountine concentre 56,2 % des débarquements de la région pour 13,2 % de l'investissement. À l'autre extrémité, un site mobilise le plus fort investissement du programme pour 4,5 % du tonnage. Rapporté à la tonne débarquée, l'écart entre le site le plus efficient et le moins efficient est de un à vingt-sept.

Ce que nous avons recommandé

  1. Faire valider par les services techniques et le CRODT le taux de captage et le taux de pertes, aujourd'hui estimés et non mesurés
  2. Instituer une dotation d'entretien pérenne, inscrite durablement au budget — la voie la plus directe
  3. Réexaminer le dimensionnement des ouvrages sur les sites les moins fréquentés
  4. Mutualiser la gestion des six débarcadères dans une entité unique, pour que les excédents compensent les déficits
  5. Sécuriser les emprises foncières par délibération communale avant l'engagement des travaux

Aucune de ces orientations ne conduit à écarter un site du programme. L'avis est favorable à la mise en œuvre, sous réserve d'arrêter un modèle d'exploitation soutenable avant l'engagement des travaux.

Pour citer cette étude

NDOYE B., 2026. Rapport d'évaluation ex ante — Projet de renforcement de la pêche artisanale en Casamance : réhabilitation et construction de six sites halieutiques dans la région de Ziguinchor. Référentiel P-001-2026, version 2.0, août 2026, 77 p. (rapport général et deux rapports de périmètre). REFT Institute, Inc. · REFT Africa, pour le consortium Manivar BTP & SL Structures (SLS), au bénéfice du ministère des Pêches et de l'Économie maritime, dans le cadre du programme Develop to Build (D2B17SN02), coopération Sénégal – Royaume des Pays-Bas.

← Retour aux études