Pourquoi une extension

Le rapport annuel publié en mars 2021 laissait plusieurs questions ouvertes, faute de disposer des budgets définitifs du nouveau cycle de financement. Le Groupe technique de référence en évaluation a donc mandaté une phase complémentaire de trois mois, d'avril à juin 2021, pour les traiter.

Quatre questions, précisément : comment les acteurs nationaux comprennent-ils la distinction entre soutenir et renforcer un système de santé ? Pourquoi si peu d'indicateurs de renforcement figurent-ils dans les cadres de résultats ? Que révèlent les budgets définitifs du nouveau cycle ? Et que retenir des révisions de subvention, en régime ordinaire comme sous COVID-19 ?

Ce que nous avons trouvé

Dix-huit mois pour une révision, cinq pour une autre

Les révisions de subvention sont vécues comme un fardeau administratif. Le Programme national de lutte contre le paludisme a mis dix-huit mois à faire aboutir une révision, faute de pouvoir réunir les données financières exigées. Le Conseil national de lutte contre le sida et l'Alliance nationale des communautés pour la santé y sont parvenus en cinq mois. Six facteurs expliquent la lourdeur : modèles fournis tardivement, questions redondantes avec la demande de financement, transfert manuel des données entre plateformes, allers-retours avec des délais de réponse de trois à neuf mois, procédures d'approbation successives.

La pandémie a prouvé que l'on pouvait faire autrement

Face à la COVID-19, 2,2 millions de dollars d'économies ont été reprogrammés, auxquels s'ajoutent 4,9 millions de financements additionnels. Et cette fois, tout est allé vite. Formulaires simplifiés, coordination centralisée d'une seule soumission pour tous les programmes, appui continu de consultants — et surtout, suppression de l'exigence d'approbation par l'instance de coordination nationale et par le comité d'approbation des subventions.

Le contraste est instructif : ce ne sont pas les procédures qui sont incompressibles, c'est le niveau de confiance accordé aux équipes nationales qui varie.

Le renforcement progresse, lentement

Notre analyse actualisée sur les budgets définitifs montre que la part des investissements relevant du véritable renforcement du système de santé passe de 26 % à 38 % d'un cycle à l'autre. C'est un progrès réel, et insuffisant. La durée de trois ans des subventions pousse structurellement à privilégier les besoins immédiats sur les capacités de long terme.

Des indicateurs imposés, contestés

Le nombre d'indicateurs de renforcement des systèmes est passé de quatre à dix, dont cinq indicateurs d'approvisionnement demandés par le comité d'examen technique. Le Sénégal fait ici figure d'exception parmi les pays évalués. Mais le ministère de la Santé a adressé une lettre officielle pour contester ces indicateurs : le pays ne maîtrise pas les achats, puisqu'ils passent par une plateforme internationale.

At this rate, you will see us forced, in the near future, to only buy from their platform, which will further weaken the national medicine supply system.

Des mouvements budgétaires que personne n'explique

Entre la demande de financement et la signature, le budget de renforcement des systèmes progresse de 18 %, de 11,4 à 13,5 millions d'euros, tandis que celui consacré aux droits humains, au genre et à l'équité recule de 2,5 %. La capacité de stockage et de distribution de la Pharmacie nationale gagne 84 %. En revanche, la suppression de l'intervention consacrée à la réduction des discriminations de genre liées au VIH n'a pu être expliquée par aucun des acteurs interrogés — et n'apparaît dans aucun document.

Ce que nous avons recommandé

  1. Autoriser le report budgétaire d'un cycle de subvention au suivant, comme cela a été fait pour les fonds COVID-19
  2. Fixer des délais d'examen et de réponse clairs, pour alléger le temps demandé aux équipes nationales
  3. Laisser la micro-planification aux experts nationaux et réserver l'équipe pays aux questions stratégiques
  4. Permettre aux pays de choisir des indicateurs accessibles depuis leur propre système d'information
  5. Arrêter plus tôt les décisions sur les récipiendaires principaux, et documenter les arbitrages budgétaires

Pour citer cette étude

Faye A., Ka A., Tine A., Ndoye B., Sall D., Gaye I., Leye M., Badji M., Tine R., Ndoye T. (ISED/UCAD) ; Ndione I., Sene B. N. (PATH Sénégal) ; Hernandez Prado B., Rios Casas F., Johanns C. (IHME) ; Osterman A., Nawaz S., Shelley K. D. (PATH), 2021. Prospective Country Evaluation — Senegal: 2021 Extension Report. 30 juin 2021, 19 p. Commandité par le Groupe technique de référence en évaluation (TERG) du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

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