La question posée

VECO Sénégal-Gambie préparait son programme 2011-2013 et voulait savoir où intervenir dans la filière rizicole gambienne. Cela supposait de comprendre l'ensemble de la chaîne : qui produit, avec quels moyens, qui transforme, qui commercialise, comment se forme le prix final, et où se situent les véritables goulots d'étranglement.

Comment nous avons travaillé

L'analyse s'appuie sur les données d'enquête portant sur 370 exploitations agricoles, sur des relevés hebdomadaires de prix conduits sur sept marchés pendant trois mois, et sur des entretiens avec vingt-six responsables — ministère de l'Agriculture, institut national de recherche agricole, fédérations de producteurs, organisations non gouvernementales, commerçants et riziers. Le tout adossé à un dépouillement des statistiques agricoles nationales depuis 1974.

Ce que nous avons trouvé

Une culture de femmes, sur des surfaces minuscules

Plus de 90 % du riz gambien est produit par des femmes : elles détiennent 91 % des rizières de plateau et 96 % de celles de mangrove. Or ce sont elles qui ont le moins accès au crédit et le moins de contrôle sur le foncier. L'exploitation moyenne fait 0,6 hectare, et la surface cultivable par agriculteur est tombée de 1,08 hectare en 1992 à 0,62 en 2005.

Le riz occupe 8 % des terres et l'irrigation reste marginale

Sur environ 200 000 hectares cultivés chaque année, le riz n'en occupe que 8 %, loin derrière l'arachide et le mil. Le potentiel d'irrigation est estimé à 80 000 hectares ; la surface effectivement irriguée stagne autour de 2 500 hectares. Le rendement moyen relevé sur les 370 exploitations est de 0,94 tonne à l'hectare, contre 5 tonnes possibles en irrigué avec deux récoltes annuelles.

Moins de 10 % du marché

Entre 1986 et 2004, la part du riz local n'a dépassé 10 % du marché national qu'à deux reprises : 11,08 % en 1995 et 9,48 % en 2001. Son plancher, en 1991, était de 0,88 % — 1 980 tonnes locales contre 222 680 tonnes importées. Pendant ce temps, la facture d'importation passait de 72,4 millions de dalasis en 1985-86 à 598 millions en 2004-05.

Mais le riz local n'est pas plus cher

C'est le constat le plus contre-intuitif de l'étude. L'idée que le riz importé serait moins cher n'est pas soutenue par les prix de détail observés sur les marchés. Sur nos relevés de 2010, le riz local se vend entre 15 et 20 dalasis le kilo, les brisures importées entre 11 et 16. L'écart tient à la qualité perçue et à l'irrégularité de l'offre locale, pas à un avantage de coût structurel.

Une transformation en ruine, un crédit qui se détourne

Onze rizeries seulement sont estimées fonctionnelles dans tout le pays. Dans la Central River Region — la région rizicole par excellence — la rizerie de Kuntaur est à l'arrêt. Quant au crédit, la part de l'agriculture dans les prêts bancaires est tombée de 19,62 % en 1986 à 5,00 % en 2001, tandis que celle du commerce progressait de 31 %.

Les besoins alimentaires dans la Central River Region ne sont couverts que pour quatre mois de l'année par la production agricole.

Une riziculture pourtant rentable

Le compte de production établi sur le périmètre irrigué de Jahally montre, pour deux récoltes annuelles, des charges de 16 289 dalasis à l'hectare pour un produit de 32 000 — soit une marge brute de 15 711 dalasis par hectare. La rentabilité existe. Ce qui manque, c'est l'accès à l'eau, aux intrants, au crédit et à l'information sur les prix.

Ce que nous avons recommandé

  1. Orienter l'appui vers l'allègement des travaux domestiques des femmes, qui sont les productrices
  2. Former des formateurs parmi les producteurs, puisque 90 % d'entre eux ne sont pas allés à l'école
  3. Décloisonner l'information sur les prix entre marchés ruraux et urbains, pour permettre aux productrices de choisir leur moment de vente
  4. Mettre en place des banques de céréales pour passer la soudure
  5. Conditionner toute intervention dans les rizeries à un système formalisé de gouvernance — c'est ce qui a manqué à Kuntaur
  6. Rapprocher, voire fusionner, les deux fédérations nationales de producteurs

Pour citer cette étude

REFT Institute, Inc. — Division pour l'Afrique (B. Ndoye et al.), 2010. Rapport final : étude de la filière du riz en Gambie. Septembre 2010, 62 p. Étude commanditée par VECO Sénégal-Gambie, bureau régional de l'ONG belge Vredeseilanden, dans le cadre de la préparation de son programme 2011-2013.

Le rapport est publié sous la signature institutionnelle de REFT Institute, Inc. sans mention nominative des auteurs ; l'attribution ci-dessus s'appuie sur les archives du cabinet.

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