République du Sénégal · Ministère de l'Économie, des Finances et du Plan · Juin 2026

DPBEP
2027–2029

Le premier triennat budgétaire d'un Sénégal producteur d'hydrocarbures : ramener le déficit à 3 % du PIB en trois ans sans couper l'investissement ni les filets sociaux.

Base du Débat d'orientation budgétaire Socle du PLF 2027 Cadre LOLF art. 51 · Directive UEMOA 06/2009 93 pages · 6 chapitres

La trajectoire

Convergence vers la norme communautaire UEMOA de 3 % du PIB, atteinte en fin de triennat. La cible de 2025 a été dépassée par le bas : 6,44 % réalisé contre 7,82 % programmé en LFR 2.

norme UEMOA · 3 % du PIB 6,44 % 6,47 % 4,9 % 3,8 % 3,0 % 2025 2026 2027 2028 2029 réalisé estimé (LFR) programmé programmé cible
Déficit 2025 : 1 387,5 Mds FCFA · cible LFR 2 : 1 695,9 Mds (7,82 %) · écart favorable de 308 Mds, en partie lié à la sous-exécution des dépenses sur ressources extérieures (72 % d'exécution).

Cadre macroéconomique retenu

Hypothèses délibérément prudentes : la croissance moyenne programmée est deux fois inférieure à la cible de la SND 2025-2029 (6,5 %).

Croissance réelle
3,2 %
moyenne 2027-2029, après 6,7 % en 2025 et 3,2 % en 2026
Hors hydrocarbures
4,4 %
potentiel de croissance estimé à 5 %
Pression fiscale
21 %
dès 2027 — premier franchissement du seuil UEMOA de 20 %
Compte courant
−1,3 %
du PIB en moyenne, après −11,5 % en 2024

Équilibre du triennat

Les recettes progressent deux fois plus vite que les dépenses : c'est tout le mécanisme de l'ajustement.

Recettes · loi de finances
19 228
Mds FCFA cumulés 2027-2029
Dépenses · loi de finances
22 133
Mds FCFA cumulés 2027-2029
Besoin de financement
19 689,4
Mds FCFA sur la période, tous financements confondus
+716

Mds FCFA de recettes supplémentaires du budget général entre 2027 et 2029.

−159

Mds FCFA de dépenses courantes : masse salariale contenue (< 35 % des recettes fiscales), subventions et transferts au parapublic rationalisés.

+510

Mds FCFA d'investissement : de 2 402,8 Mds en 2027 à 2 912,5 Mds en 2029. Consolidation sans austérité.

Où va l'investissement public

Répartition par axe stratégique de la SND. Le capital humain est le premier poste, avec 2 697 Mds FCFA.

Capital humain & équité sociale2 697 Mds FCFA
34,4 %
Économie compétitiveindustrialisation, agriculture, PME
30,1 %
Aménagement & développement durablepôles-territoires, eau, climat
19,6 %
Bonne gouvernance & engagement africainjustice, administration, intégration
15,9 %

Crédits budgétaires par fonction

Affaires économiques
29 %
Enseignement
22,3 %
Protection sociale
8,6 %
Santé
8,5 %
Environnement
≈ 5 %
Défense
4,8 %
Ordre et sécurité publics
3,9 %

La règle hydrocarbures

Loi de 2022 : les recettes d'exploitation alimentent d'abord les fonds souverains et ne peuvent financer aucune dépense salariale.

Recettes du triennat
703
Mds FCFA de pétrole et gaz (Sangomar, GTA)
Affectation prioritaire
Fonds intergénérationnel
Fonds de stabilisation
le solde finance investissements et dépenses sociales
Exclusion explicite
Salaires
aucune dépense de personnel adossée à la rente

Le choc qui a redessiné le cadrage

Conflit au Moyen-Orient déclenché fin février 2026, fermeture quasi totale du détroit d'Ormuz. La LFI 2026 était bâtie sur un baril à 64 USD.

Brent
73 → 110
USD entre février et avril 2026 · hypothèse retenue : 89 USD en moyenne annuelle
Subventions énergie
729
Mds FCFA contre 250 Mds prévus en LFI 2026
Moins-values de recettes
−321,6
Mds FCFA, dont −381,3 Mds sur les mesures PRES
Coupes de la LFR 2026
687,2
Mds FCFA, dont 386,3 Mds sur l'investissement interne

Conditions de réussite / risques identifiés

Quatre leviers
  • Mise en œuvre intégrale du PRES, qui conditionne la dynamique des recettes
  • Conclusion d'un programme avec le FMI : accès au concessionnel et refinancement des eurobonds
  • Traitement de la dette sur une base souveraine et innovante
  • Transformation des administrations fiscale et douanière : nouveaux codes, système d'information intégré, facture électronique
Risques sous surveillance
  • Volatilité des cours du pétrole et persistance des tensions géopolitiques
  • Sous-rendement des mesures de mobilisation des ressources internes
  • Engagements hors bilan liés aux PPP et aux garanties
  • Fragilité financière de plusieurs sociétés publiques
  • Aléas climatiques et urgences sanitaires

Points de vigilance — lecture analytique

1. L'écart de croissance avec la SND n'est pas documenté

Le DPBEP retient 3,2 % de croissance moyenne quand la SND 2025-2029 vise 6,5 %. Le document ne dit pas si les cibles de la SND sont abandonnées, décalées ou simplement non révisées : c'est la première question à poser en débat d'orientation.

2. Le service de la dette absorbe l'essentiel de la marge

Les intérêts de la dette ont atteint 1 088,1 Mds FCFA en 2025, soit près de 27 % des recettes fiscales et davantage que la masse salariale. Tant que ce ratio ne reflue pas, la baisse du déficit ne libère pas d'espace budgétaire réel.

3. La capacité d'exécution est le maillon faible

Investissements exécutés directement par l'État : 66,9 % en 2025 et 0,3 % au premier trimestre 2026. Programmer +510 Mds d'investissement suppose de corriger d'abord la maturation des projets et la passation des marchés.

4. Le déficit 2025 a été tenu par la sous-exécution, pas seulement par l'effort

Les dépenses sur ressources externes n'ont été exécutées qu'à 72 % et les dons à 60,2 %. Une partie du « bon » résultat budgétaire est un report de dépenses, non une économie durable.

5. Le filet social s'est contracté avant d'être renforcé

La couverture des ménages du RNU par les filets sociaux est passée de 49,7 % à 6,1 % en 2025 après la suspension du PNBSF, et le taux d'insertion des sortants de la formation professionnelle de 58,9 % à 33,5 %. L'affichage d'une « consolidation sans austérité » se juge sur le rétablissement de ces deux indicateurs.

6. Le cadrage repose sur un baril à 89 USD

Hypothèse doublement sensible : à la hausse elle alourdit les subventions énergie, à la baisse elle réduit les recettes d'hydrocarbures et la fiscalité pétrolière. La provision pour risques budgétaires et la SDMT sont les seuls amortisseurs chiffrés.

Fiche de lecture établie par

Baitir Ndoye, Ph.D.

Évaluateur certifié PEFA · REFT Africa

REFT Africa — Research, Evaluation, Facilitation and Training. 77, rue Joseph Gomis, B.P. 15570, Dakar-Fann, Sénégal. reft-africa.org
Lecture indépendante d'un document public. Les analyses n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas la position du ministère de l'Économie, des Finances et du Plan.